Pripiat Pripyat   Ukraine  catastrophe nucléaire  Припять  vous découvrez ma progression minute par minute dans la ville de Pripyat, pour le jubilé de " 20 ans sans vie"  une première en Europe ( texte en bas de page)

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" L'ENERGIE SELON JJK"

 

ÉPISODE 19 de " J'AI MARCHE à ......" ( performance photographique citadine)

le vendredi 11 août 2006 de12h32 à 13h10, j'ai marché dans Pripiat ville témoin de l'ère nucléaire. 20 ans après l'accident du réacteur 4 de la centrale atomique de Tchernobyl

450m à pied pas plus de 20mn, la ville est  encore très radioactive, il pleut j'ai de la chance il y a peu de poussières. 

Ces marches sont le souvenir d'une ville un certain jour, un jour certain, cette devise aujourd'hui avait un goût amer.

 

8762 mon trajet dans Pripyat

            Archives / stok d'images:   Pripyat la ville                  zone contaminée                      Tchernobyl la centrale

 

8598 /  12h32mn29sec / la gare routière de Pripiat

 

 

 

8992 / 12h33mn42sec / vue sur la bête depuis la place de la Gare 

 

 

8599 / 12h36mn42sec / avenue lenine

 

 

15945 / 12h36mn58sec /  souvient toi

 

 

8601 / 12h38mn10sec / cabine téléphonique jaune, angle av lenine et la rue kourchatova

 

 

  

8602 / 12h39mn24sec / place centrale pripiat

 

 

 

15931 / 12h39mn24sec / la ville verte pour le vingtième

 

 

 

8603 / 12h40mn10sec / 20 ans d'age

 

 

 

8604 / 12h40mn56sec / hotel polissa

 

 

 

8605 / 12h41mn35sec /  une chaise vide

 

 

 

8606 / 12h42mn20sec /  les témoins de mon passage

 

 

11144 / 12h43mn 00sec / des fantômes dansent le hip hop

 

 

8608 / 12h43mn15sec / post lux ténébras ou la fille aux chardons

 

 

 

8609 / 12h43mn38sec / la chaise de l'autre coté et vue sur down town

 

 

 

 

8610 / 12h45mn10sec / la belle fontaine du  centre  ville

 

 

 

15932 / 12h45mn30sec /  le centre culturel energetik

 

 

 

8611 / 12h46mn17sec /  les pripatiens ne se rencontre plus sur la place de la ville mais sur le net www.pripyat.com 

 

 

8612 / 12h46mn25sec / encore une chaise vide

 

 

8613 / 12h47mn00sec / les façades me ragardent comme si j'étais le fautif

 

 

 

 

8614 / 12h48mn10sec / une entrée morbide

 

 

8615 / 12h48mn55sec / une deuxième entrée guère plus gaie

 

 

8616 / 12h49mn30sec / préparatif des fêtes du 1er mai 1986

 

 

 

8617 / 12h49mn46sec / matériel pour le défilé du 1er mai1986

 

 

 

8618 / 12h50mn48sec / trop tard, le rat est mort avec ses secrets, place de la culture

 

 

 

8619 / 12h51mn25sec /  la grande roue de pripyat et place de la culture, l'endroit le plus radioactif de la ville, c'est sous la place que sont récoltées les eaux de pluies.

 

 

 

8620 / 12h51mn45sec / le kiosque à glace sans glace

 

 

 

8621 / 12h52mn30sec / retour vers la grande place

 

 

 

8622 / 12h53mn49sec / le SGPTU école technique professionnelle

 

 

11 148  / 12h54mn05sec / le restaurant

 

 

 

8623 / 12h54mn 22sec / le centre commercial et la fille au ballon rouge

 

 

11149 / 12h54mn35sec / la poste

 

 

11145  / 12h54mn40sec passage du commerce

 

8625 / 12h54mn56sec /la rue Lasereva

 

 

 

15944  / 12h55mn19sec / porte d'entrée du magasin d'état univermag

 

 

 

8682 / 12h55mn51sec / les escaliers  en marbre

 

 

 

8683 / 12h56mn40sec / façade de l'univermag

 

 

8684 / 12h57mn25sec / vers le quartier Foret Ukrainienne

 

15937  / 12h57mn41sec / tour de Pripiat, chemin de traverse

 

 

8687 / 12h58mn07sec / seule les souvenirs restent

 

 

8686 / 12h58mn40sec / piatietajka les maisons à 5 étages

 

15953 / 12h59mn40sec /  photo du premier touriste

 

 

 

15954  13h00mn15sec / retour av Lenine

 

 

 

15952 / 13h01mn29sec /  rue Kourchatova

 

 

 

8690 / 13h10mn13sec / Pripiat aura vécu 16 ans ( 1970-1986)

 

 

 

 

J’ai marché à Pripiat le 11 août 2006.

 Depuis 3 ans, je réalise des performances photographiques : je marche 4,5km dans des villes d’Europe et je fixe sur la mémoire sensible de mon appareil photo les atmosphères citadines que je croise ce jour-là.

 Ensuite j’expose mon chemin sur Internet ou sur des murs, dans l’ordre chronologique de ma découverte, les images se suivent minute par minute, comme un roman photo. C’est le souvenir d’une ville, un certain jour. Un soir de festival à Cannes, un matin d’hiver à Zermatt, le 8 mars à Rome, un dimanche à Vilnius, j’ai déjà visité 30 villes d’Europe. http://www.jjkphoto.ch/page45.htm

De ce fait, j’ai traîné mes semelles sur de prestigieux bitumes européens, où les transports publics, les gens, la publicité, les architectures tissent une toile de fond  appelée vie urbaine, le point commun de toutes ces belles cités que j’ai traversées.

 Vous allez me dire qu’après avoir photographié 135 km de centres villes et  de constater que les villes vivent, c’est un peu facile.

 Pourtant ce 11 août 2006 à 12h32, je suis seul dans une ville qui ne vit plus. Elle n’est pas encore classée ville morte, pour l’instant elle est juste rayée de la carte. 

Qu’est que c’est une ville qui ne vit plus :

Une cité oubliée et retrouvée pour la plus grande joie des archéologues et des touristes ? Non, une ville qui ne vit plus, n’attire personne.

 Une ville où les odeurs de la mort et de la guerre planent entre les murs brûlés et criblés de l’impact des balles ? Il y a bien eu un affrontement, mais il n’y a pas de trace, l’ennemi était invisible, sournois et traître. L’adversaire n’épargna personne, les héros touchés au fond de leurs chaires sont partis mourir ailleurs. Une ville qui n’a pas su protéger ses fils et ses filles, n’a pas le droit à son nom dans les livres d’histoire.

 Donc le 11 août 2006 à 12h32, après un concours de circonstances rocambolesque, le chauffeur me dépose à la gare routière de Pripyat, au cœur de la zone interdite. La radioactivité y est encore importante, il est déconseillé de rester plus de 20mn. J’ai de la chance : Une pluie légère colle la poussière au sol, les conditions idéales pour découvrir Pripyat, qui fête cette année 20 ans de non-vie.

 Je suis seul, pas une âme à 10km à la ronde. Face à moi la bête endormie. Le monstre est endigué dans son cénotaphe monumental ;  le tombeau de béton est sertit de poutrelles rouillées et de conduites en aluminium ; d’épaisses fumerolles laiteuses courent le long des flancs du mausolée. Un colossal rostre tubulaire émerge du sommet, à contre jour dans le ciel gris les passerelles qui l’entourent, se font dentelles de coton noir. 

Ces quelques centaines de m3 de béton qui me cachent la vue, focalisent les regards du monde entier, alors que la vérité commence derrière moi à quelques centaines de mètres. C’est la cité Pripyat, ville témoin de l’industrie nucléaire, victime collatérale de la réaction en chaîne non contrôlée du 25 avril fatidique.

 Pripyat a été construite en 1970 en même temps que la centrale électrique. Les architectes ont utilisé les meilleurs concepts soviétiques en matières d’urbanisme, de joie de vivre et de culture. Très vite, une cité de 48 000 âmes s’est développée. Avec sa grande place centrale décorée d’une fontaine majestueuse, sur la droite de l’esplanade l’hôtel Polissa, à ses côtés le centre culturel «Energetik», la poste, une école technique, enfin le parc de la Culture et sa grande roue. Bref, une ville exemple, promue à un avenir exemplaire.  Son maire est heureux, il est membre du parti, et rayonne sur sa ville. En cette fin d’avril 86, toute la mairie est occupée à préparer la manifestation du 1er mai, la fête du travail. M. le maire ne sait pas encore qu’il va être le dernier maire de la première ville d’Europe qui ne vit plus, il aurait peut-être aimé le contraire !

 Le 25  avril, le vent souffle dans le mauvais sens, la ville reçoit, poussières de graphite, pluies d’isotope accompagnées des rayonnements bêtas, gamma. Une aubaine pour les observateurs internationaux des catastrophes non naturelles. Un drame humain d’une ampleur impensable, sur lequel je ne reviendrais pas, mais que je vous invite à ne pas oublier.

 Revenons à Pripiat évacuée le 27 avril 1986, les gens sont partis, depuis RIEN. 

RIEN, si ce n’est les saisons qui poursuivent le temps, la végétation enfin libre de sa fonction décorative envahit lentement, mais sûrement, l’espace réservé autrefois aux humains. Autre particularité d’une ville sans vie, le silence qui règne en maître, la ville n’émet aucun bruit, pas le moindre son, rien ne vient troubler cette quiétude malsaine. Même le vent frais, vent du matin, le colporteur de ce malheur, refuse de chanter dans la cime des grands pins !

1996, pour les 10 ans d’une ville sans vie, on a reconstruit Pripyat sur Internet. Une renaissance virtuelle de la cité, avec ses magasins en ligne, son blog littéraire et sa place de rencontre.

D’ailleurs au centre la vraie ville sans vie, se trouve un panneau bleu et blanc qui annonce «  on se rencontre maintenant sur www.pripyat.com  », je ne sais pas pour qui il est là, puisque la zone est fermée, mais c’est le seul indice dans toute la cité qui prouve que la vie a continué pour les pripiatiens après l’accident, mais sur internet seulement.

D’ailleurs, la célébrité de « Pripyat la virtuelle » a dépassé nettement « Pripyat désertée ». De nombreux jeux vidéo ont adopté le nom Pripyat pour désigner une ville radioactive remplit de mutants à abattre ; certains originaux vouent même un culte à la capitale provinciale ukrainienne.

2006, c’est le jubilé des 20 ans de «  une ville sans vie » malgré ce titre unique, personnes n’est venu pour fêter l’événement.

Ma surprise fut d’autant plus grande, quand je découvre en primeur, le travail de sept artistes russes et allemands. Ils  sont entrés illégalement et ont peint une vingtaine d’œuvres murales au centre même de la ville. C’est le premier acte culturel «  in situ » en 20 ans à Pripyat.  Les graffitis représentent des enfants qui jouent, devant la poste un garçonnet habillé de jaune, fait le pied de nez aux fantômes qui passent. A l’hôtel, une jeune fille regarde pousser les chardons ( Post Lux Ténébras), elle a le temps. Les bambins sont figés sur les murs comme atomisés, ces ombres immobiles sont les seuls témoins de mon passage.

Je contourne le centre culturel " Energetik",  la porte est ouverte, je rentre. A l’intérieur, éparpillés dans les couloirs, les panneaux de la manifestation du 1er mai 1986. Ils sont poussiéreux, mais prêts à être utilisés.

Déjà 12 minutes, je continue en direction du parc de la Culture, sa grande roue et son kiosque à glace. J’ai faillit croiser un peu de vie, mais c’était déjà trop tard. Le corps d’un rat fraîchement mort, gît sur la place de la Culture.

Je retourne vers le centre, en pressant le pas. Les façades morbides me regardent, comme si j’étais le fautif de ce cauchemar. Je leur promets à l’avenir de consommer que de l’énergie verte. ( à Genève c’est possible) ; leurs regards s’adoucit.

13h02- : le chauffeur m’attend à l’angle de rue Kourchatova et de l’avenue Lénine, face à la cabine téléphonique jaune.

 Sur le chemin du retour à quelques km, des ouvriers réparent la route, d’autres dégagent les panneaux «  Attention radioactivité » et repeignent quelques reliques soviétiques. Derrière ces banalités, s’annonce la venue du tourisme, hé oui pour quelques $ vous pourrez prochainement visiter la seule ville sans vie d’Europe, son exposition d’art urbain, vous verrez aussi le sarcophage de la bête endormie. Vous signerez une décharge, comme quoi vous avez connaissance des risques encourus. Vous aurez inclus dans le prix, un dosimètre pour prouver votre contamination, une gourmandise iodée et  un autocollant «  Je suis allé à Tchernobyl »

 Texte et images : agence www.jjkphoto.ch

  copyright jean-jacques Kissling

 Texte et images : agence www.jjkphoto.ch       Reportage et exposition disponibles    jkissling@jjkphoto.ch

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